« Raconte pas ta vie » proclamait Jacques Prévert, et il s’y est tenu. L’homme qui a vendu plus de recueils de poèmes que quiconque refusait de se dire poète et avait inscrit un métier et un seul sur son passeport : auteur de films.
Au reste, il l’a prouvé, de Quai des brumes aux Enfants du paradis. Anar, mordant et drôle, souverainement athée, compagnon des surréalistes, indépendant, fidèle à ses amis, antimilitariste, Prévert, selon Hervé Hamon, est « tout sauf lisse, moins encore mièvre ». Il refusait de s’avouer « engagé » mais il écrivit les textes du groupe Octobre, ou risqua sa vie pendant la Résistance sans jamais porter d’arme.
La bande à Prévert, c’est Boris Vian, c’est Marcel Duhamel (fondateur de la Série noire), c’est le peintre Yves Tanguy, c’est Giacometti, Montand, Doisneau, c’est Paul Grimaud. Sans oublier Miró ou Picasso – entre mille. Dans ce livre court, Hervé Hamon propose, non pas une biographie, mais le portrait sensible d’un homme qu’il aime, d’un homme atypique, rêveur et obstiné, qui chérissait la mer et Ouessant. La veille de son décès, il écrivait « Rira bien qui mourra le dernier »…